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Voyez-vous ce que vous voyez ?


J’aimerais partager aujourd’hui avec vous quelques réflexions sur la perception visuelle. C'est un post un peu plus long que d'habitude.


Chacun de nous voit le monde, c'est-à-dire voit des formes et des couleurs, voit des objets, des choses situées dans le monde. Je vois le monde, je vois les autres êtres humains et non humains et je me vois, je vois mon corps.


Pourtant par la vue, je ne suis jamais rentré en contact avec aucun objet. Il vous est peut être déjà arrivé de mettre un objet, ne fut-ce qu’une poussière, en contact avec votre œil. L’expérience n’est pas très agréable et peut même être très douloureuse !

Alors comment se fait-il que nous voyons des objets ?


Reprenons les choses à la base. Pour voir, il faut une cause et certaines conditions. J’ai essayé de trouver la cause et les conditions indispensables pour que la vision ait lieu :

· Il faut un objet à voir. Sans rien à voir, on ne voit rien. C’est la cause, le reste c’est les conditions.

· Il faut de la lumière et ce qui donne de la lumière sur notre terre est essentiellement lié au soleil. Dans le noir, sans lumière, on ne voit rien.

· Il faut de l’espace, sans espace entre vous et l’objet, vous ne pouvez pas voir l’objet. Essayez, mettez votre doigt contre votre œil et observez si vous pouvez le voir.

· Il faut un organe, une capacité visuelle, c'est-à-dire l’œil, le nerf optique, la zone optique du cerveau. Tout un appareillage que possède la majorité des êtres humains.

· Il faut une conscience pour prendre conscience de ce qui est vu.

· Il faut un observateur, quelqu’un qui voit.


Si la cause et/ou une seule de ces conditions manquent, la vision ne peut pas avoir lieu.


Il m’a été enseigné durant mes études que la vision avait lieu sur la rétine. L’image inversée de l’objet s’y projetait suite au passage de la lumière au travers du cristallin.


Donc la seule chose qui pénètre dans l’œil, c'est-à-dire la seule chose qu’on voit, est la lumière. Nous n’avons donc jamais rien vu d’autre que de la lumière !


Comment cette lumière arrive-t-elle dans notre œil ?

Des photons, qui sont des particules énergétiques, sont produits par le soleil (encore suite à des causes et des conditions) et forment un faisceau lumineux qui va frapper un objet, disons une pomme. La pomme va absorber une partie du rayonnement lumineux (certaines longueurs d’onde dans le vert ou le rouge, suivant la pomme) et va réfléchir ce qui reste de la lumière. Arrive donc dans l’œil la lumière qui n’a pas été absorbée par l’objet, la lumière qui ne contient plus de vert ou de rouge. C’est donc en quelque sorte un négatif de l’objet. On pourrait dire que c’est la couleur que l’objet n’a pas qui arrive dans l’œil.


La lumière traverse successivement la cornée, l’humeur aqueuse de la chambre antérieure, le cristallin, puis l’humeur vitrée.



L’œil humain


A ces différents niveaux peut-on trouver de la conscience ? Une de ces structures est-elle capable de voir ? A l’évidence non. La lumière ne fait que traverser ces structures transparentes avec le moins de perturbations possibles, mais ce ne sont pas elles qui voient. Elles ne font que permettre à la lumière d’entrer en relation avec la rétine.


La lumière (les photons) arrive donc sur la rétine, diffractée et inversée suite à son passage au travers du cristallin. Les photons, en arrivant sur la rétine, entrainent une réaction physico chimique : L'illumination de la rétine provoque la capture de photon par la rhodopsine. Il s'ensuit une modification géométrique du chromophore (photoisomérisation) qui passe du 11-cis rétinal en 11-trans-rétinal. Ce phénomène se produit au sein de la membrane des citernes des segments externes.


Saviez-vous que vous étiez capable de faire cela au niveau de votre œil ? Notre corps possède vraiment des capacités étonnantes qui nous échappent complètement.

Cette réaction complexe va aboutir à influx nerveux le long de l’axone qui se dirige vers d’autres cellules en formant le nerf optique.


Les photons stimulent à chaque instant toutes les cellules de la rétine et provoquent à chaque instant cette même cascade de réaction, sans que nous ne nous en rendions compte.


Reste-t-il encore une pomme à ce niveau ?



La rétine



Seraient-ce les cellules de la rétine qui voient ? Serait-ce plutôt les cellules ganglionnaires ? Les grains internes ? L’épithélium ? Y aurait-t-il des millions de consciences, une dans chaque cellule ? Ou serait-ce le nerf optique qui verrait ? Par quel axone ?


Il me semble qu’aucune de ces structures n’est capable de voir et je ne peux y trouver aucune trace de conscience objectivable. Ne pourrait-on pas plutôt dire que ces cellules et ces axones ne font que mettre en relation la lumière avec le cerveau ?


Les influx nerveux progressent donc le long des axones et arrivent à une synapse.


Y a-t-il une pomme dans la synapse ?




Une synapse



Au sein de la synapse le signal électrique qui transitait au sein de l’axone est transformé en signal chimique via les vésicules synaptiques et les molécules de neurotransmetteur qui sont émises dans la synapse. Les récepteurs du dendrite de l'autre cellule vont récupérer ces molécules et grâce à elles émettre un autre signal électrique qui va continuer jusqu'à la cellule nerveuse suivante.

Est-ce ce serait cette cellule suivante qui verrait ? Ou elle aussi ne va-t-elle que se mettre en relation avec des millions (voire des milliards) d’autres cellules pour arriver enfin dans la zone optique du cerveau ?


Trajet du nerf optique



Toujours des cellules mises en relation avec des millions de cellules. Comme si notre corps humain n’était qu’une mise en relation d’informations.

Si notre cerveau voit, quelles sont les cellules ou LA cellule qui voient ? Y aurait-il autant de consciences que de cellules ? De quoi serait composée cette conscience ? Que je sache, jusqu’à présent personne n’a trouvé de conscience dans la matière ? Cela reste un mystère pour tous les scientifiques.


La conscience pourrait-elle être un ensemble de cellules ?

Cela voudrait dire que la conscience pourrait être séparée en plusieurs parties. La conscience est-elle sécable ? A partir de quelle cellule ou de quelle partie de cellule se serait-elle produite ?

Vaste sujet qui demanderait de beaucoup plus longs développements.


Les influx nerveux vont continuer à se propager dans le cerveau jusqu’à ce que l’image de la pomme apparaisse.


Je reprends depuis le début.

Je vois donc une personne qui regarde une pomme et qui dis « je vois une pomme ».

Je prends conscience de ce processus spatio-temporel et physico-chimique qui a lieu depuis le soleil, vers la pomme et jusqu’au sein du cerveau de cette personne. Cette image de la pomme qui est apparue dans son esprit est totalement exempte de pomme, juste une réaction physico chimique, sans la moindre pomme, qui se transforme en l’image d’une pomme (où cette image est apparue et ce qu'est l'esprit demanderait aussi un long développement).


Ce que la personne dit qu’elle voit ne serait donc qu’une pensée, qu'une formation mentale, produite par l’interprétation qu’elle donne suite à l’absorption de photons par sa rétine et qui ont entrainé une cascade de réactions physico-chimiques au sein de son cerveau. C'est simplement une interprétation de ses capacités mentales, basée sur sa mémoire, sur ses connaissances qui lui fait percevoir le monde tel qu'elle le voit.

Cette interprétation peut-être juste ou pas, je n'en sais rien.

Ce qui est perçu existe-t-il ou pas ? Comment savoir ?


Et j’entends la personne dire : « J’ai envie de cette pomme » et elle tend le bras pour la prendre. Dans le cerveau, une relation s’est faite, grâce aux axones, aux synapses et aux dendrites entre le cortex visuel, la mémoire (pour se rappeler que ce qu’elle voit est une pomme), les structures émotionnelles au centre du cerveau (où vont naître les envies), puis les zones motrices qui entrainent des mouvements des cordes vocales (pour parler) et un mouvement du bras.


Mais quelle que soit l’analyse que je fais, je ne trouve aucun endroit où je découvre, je dévoile la conscience.


La condition indispensable de conscience ne semble donc pas nécessaire pour que la vision ait lieu. Il est juste nécessaire qu’il y ait un individu qui ne soit pas endormi.


Et pourtant je ne peux pas dire que la personne que je vois en train de regarder une pomme n’est pas consciente ! Paradoxe…


Tout le processus que je viens de vous décrire est l’observation que je fais de quelqu’un qui voit. C’est une analyse scientifique (peu fouillée car rentrer dans tous les détails serait beaucoup trop complexe et hors de mes capacités) basée sur l’observation des phénomènes.


Comme souvent, la démarche scientifique aboutit systématiquement à une nouvelle question chaque fois qu’une réponse est donnée.


Mais que se passe-t-il, si j’analyse maintenant ce qui se passe pour moi quand je vois, et évidemment aussi pour vous, mais cette fois de votre propre point de vue.


La vision est là, immédiate. Il est clair que je vois, sans faire le moindre effort, sans aucune volonté, cela m’est donné pour autant que la cause (l’objet) et les conditions (lumière, espace, capacité visuelle, conscience) soient présentes. Une seule condition manque et la vision ne peut pas avoir lieu.


De mon propre point de vue (et peut-être pour vous du vôtre) la conscience est, elle aussi, immédiatement là.

Je suis conscient.

Je suis conscient d’être conscient.

Je suis conscient de voir.


Je n’ai pas besoin de chercher la conscience. Elle est une évidence.

Mais alors qu’est-ce que cette conscience ? Encore une question qui demande d’autres longs développements.


Je suis conscient que ce que je vois n’est que de la lumière. Cela est une connaissance, connaissance que j'ai acquise par la réflexion ci-dessus. Je sais que les arbres que je vois dehors, que l’ordinateur sur lequel je travaille et que ces doigts qui pianotent sur le clavier sont à la fois juste de la lumière qui s’est diffractée en matière, et en même temps sont l’image que je me fais de la lumière par la force de l’habitude, de l’illusion. Et en même temps cette vision du monde, en essence vide, représente ma réalité, représente mon monde, je ne peux le nier.


Tout cela à la fois n’a aucune existence, comme la pomme n’a aucune existence dans une synapse, et existe complètement car cela représente la réalité dans laquelle je vis.


L’étape suivante est de savoir qui est ce « je » qui vit.


Au fur et à mesure, j’essaierai de continuer à partager mes réflexions avec vous et je serais curieux d’avoir vos réactions.


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Suite au prochain épisode…


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